mes rêves la nuit m’ont réveillé
l’oreiller moite
de la trépidation entraperçue
entre les grilles de feuillage
les averses de chapeaux ronds colorés

à chaque fois une fragile renaissance
sans la régénérescence
à chaque fois un peu plus vieux
mais irréversiblement jubilant

des visages surgissent des fenêtres sombres
des bancs vides
des reflets d’eaux
je vérifie mes chapelets de mémoire
égrenant les perles-souvenirs
jusqu’à l’usure, la grisaille
tente de lire les noeuds des arbres
les bonnes vieilles taches de café
admire l’étendue
de ce qui ne m’appartient pas

tant que ça dure

la gelée du sol
a remplaçé la rosée du matin

je sais que c’est probablement
le gel du sol
mais c’est tellement pas grave

tant que ça dure

est-ce moins authentique
un luxe moderne
d’écrire le brouillon
de son texte d’amour
ou de sa lettre?

à quel point
peux-je comprendre les autres
si je ne connais pas la mort?

en hiver
il faut s’attacher fort
parce que la force centrifuge
s’accroît
et les refuges
se refroidissent
la fatigue des matelas
les palettes de bois anonyme
les murs immaculés insupportables
les ampoules tristes

les êtres gisent esseulés
à moins de parvenir
à réussir un voyage
au centre d’un coeur