l'incomplétude amoureuse
Par Émile Brassard
dans une fouille continuelle
sans que les ongles n'aient le temps de repousser
des mains qui grattent qui plongent
qui errent dans l'usure
fuient avec frénésie
l'âpreté de la douceur
feutre d'ennui
qui empoisonne
des mains qui cherchent sans trouver
assomé du vide autour de moi
je regarde le ciel regarde l'infini
mais ça me paraît tout de même infinintésinal
à côté des mers qui nous séparent
le silence n'existe pas
la pensée seule et autonome
trébuche sur l'hébétement et la fixation
mon âme a mal aux genoux
la solitude me décrépit de l'intérieur
comme une eau stagnante
silencieuse maussade
la tête engourdie de répétitions
dans son vif deuil de surprises
dans sa ruée vers l'infranchissable
pic-bois contre des colonnes de cendre
des silhouettes muettes
ou absentes
coller sa chaleur contre soi
ne surtout pas la perdre
au milieu de l'immensité
de maigreurs avoisinantes qui se
greffent au bloc de l'indifférence
survivre
au sein de la marée dure et sèche
ne plus discuter ouvertement
de son espérance de vie qui fluctue
aussi fort qu'un titre en bourse
rationner son possible
se déchirer des retardataires
avancer dans la cohue qui sait
qui marche qui s'effleure sans se toucher
parmi les bouches tristes les bouches ouvertes
qu'on ne peut pas toutes contenter