Prendre son temps
Par Émile Brassard
Prendre du recul
Avant d’être adossé au pied du mur
D’être pris à la lettre à la merci de l’arbalète culbabilité
Entre deux feux entre deux pouls saccades révoltées
Prendre ses distances
Avec des feutres
Avec une perche isolante
Avec du cayenne en spray
Prendre son temps
À grosses étreintes de mitaines
À pleines joues
Gorgées de gorgées pas polies pas retenues
Prendre son temps
Avec amour autour d’un thé
En pleine plaine glacière
En se regardant que du coin de l’oeil
Prendre son temps
Et la défriper sur le vent algué du quai
La mettre sur le dos
Et arrêter de l’oublier
Prendre son temps
L’attendre sans la disgrâce d’un son en trop
Comme on attend un ami
Venu de très loin
Lui faire une place dans ta maison
Lui partager toutes les pièces et ta respiration
Observer zensemble les quelques portraits
Apprendre à vous connaître
Vous apprivoiser comme ombre et lumière
Comme frère et soeur
L’écouter sans réfléchir sans juger
Prendre son temps
Et le raccompagner d’où il est venu
Faire zensemble le chemin inverse
À l’habitude
L’effet miroir vous engloutit
Inséparables
Y’a la face cachée de la lune
Y’a les non-dits
Y’a l’absence de son visage
Y’a la trop petitesse du rétroviseur
Y’a la pluie dans ton corps
Y’a la volupté de l’instant
Comme dans le ventre qui t’a fait naître
Y’a une saturation de beau
Qui te bouchent bée à la renverse
Prendre son temps
Pas savoir le laisser partir
Vouloir le garder pour toi pour toujours pour rien d’autre au monde
Mais inutile de retenir cet enfant de personne
De le chérir dans un bocal
Il sera pas mieux que mort
Et toi aussi