crave
Par Émile Brassard
s’il y a bien quelques langages
les histoires éclatent par leur nombre
rendre compte de la sienne
avec les mêmes vieux mots usés
froissés, déchargés
mais comment?
avec effroi je retrouve dans la parole
les mille mêmes tournures
qui renvoient à son affreux typisme
à sa mortelle et aberrante généralité
je crave de courir
et plonger tête première
dans le vent d’ailleurs
je crave de rider l’existence
avec autant de trempe
et de vitesse que le temps
je crave de créativité vitale
déterrée de mes atavismes primaires
dans les décombres de mon avilissement
la promesse d’une rébellion totale
m’ouvre les yeux sur mon étoile du Nord
cette liberté, cette complétude ancestrale qui danse
sous un ciel plein d’aurores boréales
je ferais tout pour cette chance
je ferai tout pour cette chance
exploser l’enclos de ma langue
pour ne pas exploser moi-même
une conformité parasitaire
me raidit les organes
avec plus de sangles qu’il ne faut
pour tuer un adolescent
où se terrent donc
les alphabets et règles et sémioticiens et bibliothèques
de ces feuilles qui frémissent, hésitent et chantonnent
de ces regards noirs, couronnés et infaillibles
de ces sols endurcis, mais tremblotant sans un regard
de ces écorces pleines de malice, en indéfectibles complices
de ces chimies entre les corps qui ne pensent plus qu’ensemble
je crave de magie dans le renouveau
de l’aventure qui débarque chez vous
sans télé sans médicament
je crave l’allégresse loin
de l’ivrognerie mercantiliste
qui fracasse tant de vies humaines
je crave la joie de vivre
qui enfin déploie toute son attente
à la rencontre de sa plus parfaite histoire