s’il y a bien quelques langages

les histoires éclatent par leur nombre

rendre compte de la sienne

avec les mêmes vieux mots usés

froissés, déchargés

mais comment?

avec effroi je retrouve dans la parole

les mille mêmes tournures

qui renvoient à son affreux typisme

à sa mortelle et aberrante généralité


je crave de courir

et plonger tête première

dans le vent d’ailleurs

je crave de rider l’existence

avec autant de trempe

et de vitesse que le temps

je crave de créativité vitale

déterrée de mes atavismes primaires

dans les décombres de mon avilissement


la promesse d’une rébellion totale

m’ouvre les yeux sur mon étoile du Nord

cette liberté, cette complétude ancestrale qui danse

sous un ciel plein d’aurores boréales

je ferais tout pour cette chance

je ferai tout pour cette chance


exploser l’enclos de ma langue

pour ne pas exploser moi-même

une conformité parasitaire

me raidit les organes

avec plus de sangles qu’il ne faut

pour tuer un adolescent


où se terrent donc

les alphabets et règles et sémioticiens et bibliothèques

de ces feuilles qui frémissent, hésitent et chantonnent

de ces regards noirs, couronnés et infaillibles

de ces sols endurcis, mais tremblotant sans un regard

de ces écorces pleines de malice, en indéfectibles complices

de ces chimies entre les corps qui ne pensent plus qu’ensemble


je crave de magie dans le renouveau

de l’aventure qui débarque chez vous

sans télé sans médicament

je crave l’allégresse loin

de l’ivrognerie mercantiliste

qui fracasse tant de vies humaines

je crave la joie de vivre

qui enfin déploie toute son attente

à la rencontre de sa plus parfaite histoire